Pourquoi roule-t-on à droite en France ?

Pourquoi roule-t-on à droite en France ?

La question peut paraître bateau et sa réponse évidente. Pourtant, il n’a pas toujours été question de rouler à droite, même en France. En effet, rouler à gauche fût pendant longtemps la norme sur les routes du monde. Aujourd’hui encore, un tiers des pays dans le monde roulent à gauche de la chaussée. 

Mais alors pourquoi avoir changé de côté ? Retraçons ensemble l’histoire du sens de la route !

Commençons par la gauche

Pendant l’Antiquité, la coutume de circuler à gauche peut être retracée jusqu’en Grèce, Égypte et Rome antique ! Les soldats et les cavaliers, principalement droitiers, marchaient à gauche, portant bouclier et fourreau à gauche, afin de pouvoir dégainer leur épée plus facilement.

Au Moyen Âge, une explication courante relate que les cavaliers, comme ceux de l’Antiquité, circulaient sur la gauche des chemins. En effet, ils tenaient les rênes de la main gauche afin de pouvoir plus facilement tirer leur épée avec leur main droite en cas d’attaque ou d’adresser plus aisément d’amicales salutations.

Autre théorie : ils circulaient à gauche pour éviter que les épées ne se touchent, signe de provocation amenant au duel. On ne tient pas vraiment compte des chevaliers gauchers…

Avec le Conestoga, on passe à droite

À la fin du XVIIIè siècle, apparaît sur le marché américain un nouveau type de chariot : le Conestoga. Tiré par 6 à 8 mules attelées par paire et muni de 4 grandes roues, il est robuste et maniable. Il devient donc vite un indispensable du transport fonctionnel (destiné à l’origine au transport du blé en Pennsylvanie).

Ce chariot se répand vite dans tous les pays voisins et des engins similaires apparaissent également en Europe. Caractéristique principale du Conestoga : il ne comporte pas de siège pour le cocher. Cet apparent détail va bouleverser les habitudes de la route. Afin de contrôler au mieux l’attelage, le cocher se place sur le cheval de gauche de la dernière paire (tenant le fouet de la main droite). Ces chariots se mettent alors naturellement à rouler à droite, afin que le cocher puisse surveiller, lors des croisements, le côté exposé aux frôlements possibles par un autre chariot et que le fouet se déploie du côté du champ, et non sur les personnes croisant le chariot.

C’est ainsi qu’en 1792, la Pennsylvanie officialise la conduite à droite : nous y voilà ! Les autres états américains lui emboîtent le pas. En Europe, ce chariot devient célèbre et la même pratique se développe. 

À la fin du XVIIIè, la France roule donc à droite. On porte souvent à Napoléon 1er le crédit d’avoir imposé à l’Europe conquise l’obligation de conduire à droite, par opposition aux Britanniques. Napoléon aurait entraîné ses troupes à commencer l’attaque par le flanc droit pour les surprendre. Mais cette explication semble fantaisiste, car il n’y a aucune relation entre le sens de circulation sur les routes et les dispositions tactiques au combat.

Cette tendance de rouler à droite se poursuit avec les premières automobiles. Elles avaient le frein à main à l’extérieur, du côté droit afin qu’il soit serré par la main droite avec plus de force. Le poste de conduite se trouvait donc à droite. À cette époque, la manœuvre du croisement était délicate : sur des routes étroites, les véhicules devaient s’éloigner l’un de l’autre autant que possible. Pour réaliser au mieux cette opération, le conducteur devait se tenir du côté du bas-côté de la route afin d’éviter toutes sorties de route. Le poste de conduite étant à droite, les voitures roulaient donc sur le côté droit de la chaussée.

Plus tard, le frein à main s’est retrouvé au centre de l’habitacle. Certains fabricants d’automobiles ont déplacé le poste de conduite à gauche pour que le frein reste accessible par la main droite, d’autres (comme les Britanniques) n’ont rien changé.

Les anglais persistent à gauche

Le Royaume-Uni n’apprécia que peu le Conestoga. Pour des raisons géographiques, ni les besoins en matière de transports terrestres de marchandises, ni la configuration du réseau routier n’étaient adaptés à ce nouvel engin.

On lui préféra un modèle plus petit, muni d’une seule paire de chevaux et surtout d’un siège de postillon (équivalent du cochet). Afin de ne pas gêner le passager par son fouet, le conducteur se plaçait à droite (le fouet dans la main droite), et pouvait surveiller ainsi les manœuvres sur le côté exposé. Les Britanniques continuèrent donc naturellement à rouler à gauche de la chaussée.

Le « Dagen H »

Dimanche 3 septembre 1967 à 5 heures du matin : la Suède passait de la conduite à gauche à la conduite à droite. Ce fut le « Dagen H », le jour H, pour « Högertrafik », circulation à droite en suédois. Le gouvernement prit cinq années à organiser ce changement dont 85 % des Suédois ne voulaient pas. Pourtant, tous les pays riverains de la Suède (Finlande, Norvège et Danemark) roulaient déjà à droite et la quasi-totalité des voitures avait le volant à gauche.

La veille du jour H, tous les panneaux et feux de signalisation pour la conduite à droite étaient en place, emballés dans du plastique noir, prêts à être dévoilés à l’heure dite. À 4 h 50, tous les véhicules eurent l’obligation de se garer sur le côté droit avant d’être autorisés à repartir à 5 heures… à droite. Le lundi 4 septembre, on dénombrait 125 accidents, aucun mortel. Les lundis précédents, on en avait compté entre 130 et 198. L’Islande suivra l’exemple suédois le 26 mai 1968.

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